Tunisie : les agressions contre les journalistes en baisse en février 2026

Emna Soltani 18 mars 2026

La cellule de veille du Centre de sécurité professionnelle, relevant du Syndicat national des journalistes tunisiens, a enregistré un recul notable des atteintes visant les journalistes au cours du mois de février 2026. Huit agressions ont été recensées, contre seize en janvier de la même année — un repli de moitié qui tranche avec la dynamique haussière observée précédemment.

Le rapport mensuel du syndicat souligne en effet une évolution en dents de scie : après 14 cas enregistrés en décembre 2025, les agressions avaient atteint 16 en janvier, avant de retomber à 8 en février. Un fléchissement qui reste à relativiser, tant il s’inscrit dans un contexte globalement instable pour la profession.

Au total, 26 victimes ont été identifiées parmi les journalistes et photojournalistes, dont 17 hommes et 9 femmes. Dans le détail, 18 journalistes et 8 photographes ont été touchés par ces différentes formes d’atteinte.

Ces incidents ont concerné des professionnels issus de 15 médias — chaînes de télévision, radios, sites d’information — ainsi que des journalistes indépendants. Le rapport relève également l’implication de médias tunisiens et étrangers, preuve que les entraves ne se limitent pas à un seul type de structure.

Sur le fond, les violations recensées restent classiques mais préoccupantes : entrave au travail et harcèlement dominent, avec trois cas chacun. S’y ajoutent une tentative d’ingérence dans le contenu éditorial et une poursuite judiciaire, des pratiques qui traduisent une pression persistante sur la liberté d’informer.

Côté responsabilités, les agents de sécurité arrivent en tête des auteurs d’agressions (trois cas), suivis par des fonctionnaires publics (deux cas). Les autres incidents impliquent des administrations de médias, des chargés de communication ainsi que des acteurs actifs sur les réseaux sociaux — un mélange révélateur d’un climat de tension généralisé autour du travail journalistique.

Sur le plan spatial, la quasi-totalité des agressions a eu lieu sur le terrain, avec une seule enregistrée dans l’espace numérique. Géographiquement, le gouvernorat de Tunis concentre à lui seul six cas, tandis que Béja et Sidi Bouzid enregistrent chacun une seule agression.

En conclusion, le Syndicat national des journalistes tunisiens appelle à une révision urgente de plusieurs dispositifs réglementaires, notamment le régime d’autorisation imposé pour les prises de vue dans l’espace public. Il insiste sur la nécessité de mettre fin aux entraves bureaucratiques absurdes et de garantir, concrètement — pas seulement sur le papier — la liberté d’accès à l’information.

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Emna Soltani 18 mars 2026

Journaliste et étudiante chercheuse en sciences de l'Information et de la Communication