L’annonce du lancement d’une nouvelle licence à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information (IPSI) constitue sans aucun doute une initiative louable, traduisant la volonté de l’institut de s’adapter aux mutations rapides que connaît le secteur des médias et de la communication, plus que tout autre domaine affecté par la révolution numérique et par l’essor des applications d’intelligence artificielle générative dans la production de contenus écrits et multimédias.
À l’aube du deuxième quart du XXIe siècle, les responsables de la formation des journalistes et des communicants sont confrontés à des défis imposés par l’évolution des pratiques professionnelles, qui disqualifient des savoirs et des compétences devenues, pour partie, obsolètes dans beaucoup d’établissements de formation académique.
Avant d’examiner la nouvelle cartographie des formations de licence à l’IPSI, il convient de replacer cette évolution dans son contexte historique.
Depuis sa création à la fin des années 1960, l’IPSI a concentré son enseignement autour de la maîtrise en journalisme et sciences de l’information, avec une diversification des spécialisations au niveau du deuxième cycle. Il convient de rappeler que l’IPSI a expérimenté les « filières courtes » entre 1986 et 1988 avant d’y renoncer rapidement, fort heureusement, en raison de leur caractère professionnel étranger à sa vocation académique.
Ce statu quo est restée en vigueur jusqu’à l’année universitaire 1994-1995, qui a vu la création de la filière « Communication » au deuxième cycle, aux côtés de la filière Journalisme.
Avec l’introduction du système LMD à partir de l’année universitaire 2006-2007, l’institut a lancé des licences fondamentales et des licences appliquées dans les domaines du journalisme et de la communication. L’offre de formation s’est également enrichie de plusieurs mastères, notamment un mastère de recherche créé à la suite de l’accréditation du doctorat en sciences de l’information et de la communication en 2004.

Une nouvelle licence en « Médias et narrations numériques »
Si l’institut a maintenu ses deux licences traditionnelles en Journalisme et en Communication, il a annoncé cette année une nouvelle licence au titre particulièrement attractif : « Médias et narrations numériques ». En l’absence, à ce stade, d’un programme détaillé de formation, il paraît utile de formuler quelques remarques et interrogations sur la nature de cette nouvelle licence et sur le profil des diplômés qu’elle entend former.
La question de son positionnement dans le champ des sciences de l’information et de la communication
D’emblée, une première interrogation porte sur la multiplicité parfois déroutante des dénominations utilisées pour désigner le champ académique auquel appartient l’IPSI.
L’établissement porte officiellement, depuis sa création, le nom d’« Institut de Presse et des Sciences de l’Information ».
L’institut abrite par ailleurs une commission du doctorat et de l’habilitation universitaire en « Sciences de l’information et de la communication », ainsi qu’un mastère de recherche portant la même appellation.
Son laboratoire de recherche est, quant à lui, intitulé « Médias, communication et contextes transitionnels ».
De son côté, le ministère de tutelle utilise l’expression « Sciences de l’information (al akhbar) et de la communication » pour les commissions de recrutement et de promotion des enseignants-chercheurs de la spécialité.
Enfin, la nouvelle licence introduit un terme supplémentaire : celui de « médias ».
Dès lors, alors que l’institut est structuré autour de deux départements, Journalisme et Communication, et que les formations de mastère et de doctorat ont adopté l’intitulé « Sciences de l’information et de la communication », est-il réellement nécessaire de multiplier les terminologies renvoyant à des pratiques émergentes parfois perçues comme cannibales des métiers traditionnels du journalisme et de la communication ?
Dans la mesure où cette nouvelle filière ambitionne d’attirer les meilleurs bacheliers, plusieurs points mériteraient d’être clarifiés.
D’abord, l’IPSI compte deux départements : Journalisme et Communication. À quel département sera rattachée cette nouvelle licence ?
La question n’est pas uniquement administrative. Le terme « médias » ne renvoie pas directement au journalisme mais davantage à l’institution médiatique elle-même. Issu de l’expression latine de mass media, il désigne les médias de masse ou les supports de diffusion de l’information. Or, la vocation première de l’IPSI est de former aux métiers du journalisme et de la communication, c’est-à-dire aux activités produites au sein des médias, et non à la gestion des entreprises médiatiques, qui relève davantage des sciences de gestion.
Ensuite, s’agissant des « narrations numériques », il faut souhaiter plein succès aux collègues chargés de traduire cette notion en programme pédagogique. Si elle se distingue à la fois du journalisme et de la communication, en quoi consiste-t-elle exactement ? D’autant que le storytelling numérique constitue déjà, en principe, une compétence transversale intégrée aux deux licences traditionnelles.
Certains pourraient considérer que la formation dispensée à l’IPSI doit s’adapter aux nouvelles pratiques alimentées par l’intelligence artificielle générative et évoluer vers la formation de créateurs de contenu ou d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Toutefois, une telle orientation paraît difficilement conciliable avec les fondements mêmes des métiers du journalisme et de la communication. Il serait en effet paradoxal que l’institut accueille une licence dont les objectifs seraient en contradiction (et en concurrence) avec les enseignements dispensés dans ses filières historiques.
Ainsi, si cette nouvelle licence ne semble pas encore afficher un profil professionnel clairement identifié et cohérent avec la vocation traditionnelle de l’IPSI, elle pourrait en revanche ouvrir des perspectives intéressantes sur le plan de la recherche académique, en constituant une porte d’entrée vers les études de mastère et de doctorat.
Ces quelques réflexions préliminaires trouveront sans doute des réponses dans la maquette pédagogique détaillée de la nouvelle filière. Il reste à espérer que celle-ci contribuera à renforcer l’attractivité de l’institut et à améliorer, tant quantitativement que qualitativement, le recrutement des futurs étudiants.