Journée mondiale de la liberté de la presse : recul en Tunisie selon les journalistes

Le Syndicat national des journalistes tunisiens a publié son rapport annuel sur la situation des libertés journalistiques en Tunisie, révélant ce qu’il qualifie de « phase charnière » que traverse le secteur des médias, marquée par une déconstruction progressive du paysage médiatique et une érosion des garanties démocratiques, pour la période allant du 1er avril 2025 au 1er avril 2026.

La publication du rapport coïncide avec la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse, dans un contexte national et international complexe où s’entremêlent enjeux politiques, économiques et technologiques, selon le document.

Le syndicat a recensé 154 cas d’atteintes contre des journalistes durant la période de référence, contre 167 cas en 2025, 211 en 2024 et 257 en 2023. Malgré cette baisse numérique, le rapport souligne que ce recul ne reflète pas nécessairement une amélioration de la liberté de la presse, mais pourrait être lié à une évolution de la nature des violations ou à une diminution des signalements dans un climat de pression.

Le document met en évidence une instabilité des niveaux d’atteintes au cours des cinq dernières années, ce qui traduit davantage la fragilité de l’environnement professionnel du journalisme qu’une amélioration durable.

Le rapport estime que la crise des médias en Tunisie n’est plus conjoncturelle ou sectorielle, mais qu’elle reflète des déséquilibres structurels plus profonds touchant la relation entre pouvoir et société, dans un contexte politique tendant, selon lui, vers une recomposition plus fermée et moins pluraliste de l’espace public.

Il ajoute que l’affaiblissement des mécanismes de régulation indépendante, les difficultés économiques croissantes et les restrictions d’accès à l’information ont contribué à réduire l’indépendance des médias et à affaiblir leur rôle de contrôle dans l’espace public.

Le rapport relie également la dégradation des libertés journalistiques au contexte politique général, estimant que les politiques publiques jouent un rôle déterminant dans la configuration de l’environnement médiatique, que ce soit à travers la législation, le contrôle de l’information ou l’affaiblissement des instances de régulation.

Il évoque aussi la montée d’un « climat de pression indirecte » rendant l’exercice du journalisme plus difficile, dans un contexte de crainte accrue des journalistes face aux poursuites et aux restrictions.

Recommandations pour une réforme du cadre juridique et institutionnel

Le rapport formule plusieurs recommandations adressées aux différentes parties prenantes, notamment :

  • Appel à la Présidence de la République et au gouvernement pour réviser les politiques de communication et garantir un accès équitable et transparent aux médias.
  • Demande au Parlement de modifier le cadre juridique, notamment le décret-loi n°54, afin d’éviter son utilisation dans des affaires liées au journalisme.
  • Nécessité de mettre en place une instance indépendante de régulation du secteur audiovisuel.
  • Appel aux autorités judiciaires à limiter les peines privatives de liberté dans les affaires de presse et à adopter les standards internationaux de liberté d’expression.
  • Invitation du ministère de l’Intérieur à garantir la protection des journalistes lors des couvertures de terrain et à poursuivre les auteurs d’agressions.

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